à propos
La technique du monotype occupe une place centrale dans ce travail.
Impression sans gravure produisant un tirage unique, elle introduit une part d’imprévisible, de déplacement et d’apparition.
La composition se construit sur une surface de verre dans l’urgence du séchage : pulvériser, souffler, déplacer, accompagner les pigments dans l’eau à l’aide de différents outils avant l’impression du papier Xuan.
L’eau agit autant que le geste.
Elle diffuse, retient, absorbe, transforme.
Le geste ne domine pas entièrement la matière : il l’accompagne.
Après séchage vient la découverte des formes révélées par les pigments, leurs tensions, leurs transparences et leurs rencontres.
Les impressions sont découpées puis recomposées par collage, laissant apparaître de nouveaux équilibres.
Malgré l’apparente simplicité de ces œuvres sur papier léger et fragile, chaque pièce explore les limites du souffle, de l’eau et du vide.
Une diffusion imprévisible, une réserve blanche ou une ligne presque effacée peuvent contenir davantage qu’une image saturée de signes.
L’air, l’eau et la nature inspirent cette démarche.
La pratique privilégie des matériaux simples et plus naturels — eau, pigments, encres, papier, colle, craie — dans une volonté de création écoresponsable attentive à limiter l’impact environnemental de la production artistique.
Cette relation au geste, au silence et à la matière rejoint certaines traditions picturales asiatiques où la peinture n’a jamais eu pour vocation première de raconter une histoire.
Dans la pensée chinoise du paysage — shan shui, « montagne et eau » — le monde visible n’est pas séparé de l’état intérieur.
Le paysage n’est pas une vue extérieure : il devient une circulation entre matière, souffle, vide et silence.
Peindre revient alors moins à représenter qu’à laisser apparaître.
Cette relation au temps et à la présence traverse également certaines pratiques contemporaines comme le Dansaekhwa coréen, où la peinture devient expérience du geste répétitif, de l’absorption et de la respiration de la matière.
Le motif importe moins que l’état produit par le geste.
Dans ces approches, le vide n’est jamais considéré comme une absence.
Il devient un espace vivant. Un souffle laissé au regard. L’œuvre demeure ouverte.
Elle reste incomplète tant qu’un regard ne vient pas y déposer sa propre mémoire intérieure.
Certaines œuvres ne livrent rien immédiatement.
Elles demeurent silencieuses pendant longtemps avant de révéler lentement ce qu’elles contenaient déjà.
Comme certains paysages marins : une ligne, une lumière, presque rien — et pourtant une profondeur impossible à épuiser.
La peinture devient alors moins un objet à comprendre qu’un espace intérieur à traverser.
L’eau, le ciel, une seule ligne.
Presque rien.
Et pourtant tout.